Les déraisons, d’Odile d’Oultremont (L’Observatoire)

 

Trop forts ces Belges ! Réalisatrice et scénariste, Odile d’Oultremont est la femme de Stéphane de Groodt, cet humoriste qui a conquis les Français, comme Benoît Poelvoorde et François Damiens. Quand j’ai su que Les Déraisons parlait d’un couple face au cancer, j’ai mis du temps à l’ouvrir. Et pourtant, ce roman est véritable remède à la mélancolie. Coup de chapeau à la flamboyante Muriel Beyer, directrice adjointe du groupe Humensis (Belin et PUF). L’histoire ? Lorsqu’Adrien, employé modèle de la société AquaPlus, découvre que sa femme, Louise, est atteinte d’un cancer du poumon, il décide de déserter son bureau isolé au fond d’un couloir, pour se consacrer à elle – même si cette désobéissance lui vaudra un procès et 28 400 euros d’amendes. Fou amoureux de Louise, peintre fantasque, l’exécutant un peu raide se débride et l’accompagne à travers les épreuves, jouant la carte des déraisons, en dépit de l’évolution de la maladie. Grâce au grain de folie de Louise, tout se colore, tout porte à rire. Excitée par sa première chimio, elle lance au médecin qui s’apprête à lui faire une injection : mon bras gauche s’appelle Nathanaël, l’autre Clothilde… Et quand le couple se met à danser, on pense à Bojangles d’Olivier Bourdault. Odile d’Oultremont s’en est-elle inspirée ? Qu’importe : on se laisse séduire par l’optimise à tout crin de cette résistante de la dernière heure qui refuse de porter une perruque et s’invente des tenues de membre du RAID pour lutter contre des douleurs thoraciques. Si les jeux de mots sont un peu tirés par les cheveux, on sourit aux situations décalées inventées par ces doux rêveurs, un arc-en-ciel au-dessus de la tête, qui nous communiquent leur belle philosophie : À l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe. Un conte plein d’enfance, de jubilation et de tendresse qui célèbre le pouvoir de l’imagination.

 

Valérie Perrin « Il faut changer l’eau des fleurs » (Albin Michel)

Photographe et scénariste, Valérie Perrin travaille aux côtés de Claude Lelouch. Après le succès des « Oubliés du dimanche », elle a choisi de raconter l’histoire d’une garde-cimetière : Violette Toussaint. Le sujet aurait pu être mélancolique, il n’en est rien. Valérie Perrin nous offre un petit bijou poétique, plein d’humanité et de joie de vivre. Dans sa maison de gardien, Violette « bois la vie à petites gorgées comme du thé au jasmin mélangé au miel ». A ses côtés, un petit monde attachant : fossoyeurs, officiers des pompes funèbres, un prêtre et des familles qui viennent se recueillir sur la tombe de leurs chers disparus. Chacun se confie à la garde-cimetière qui sait si bien enchanter leur quotidien. Pourtant, sa vie n’a pas été rose : née sous X, la jeune fille travaillait comme barmaid lorsque, en 1985, le jour de la mort de Michel Audiard, elle rencontra Philippe Toussaint. Il avait dix ans de plus qu’elle, ils s’aimeront jusqu’au jour où Philippe disparaît. Un personnage à la fois noir et blanc, avec ses blessures et son mystère. Au fil du roman, les intrigues se nouent, les secrets se révèlent et la romancière nous tient en haleine jusqu’au bout. Une écriture élégante, de l’humour, l’art du portrait, des scènes vivantes, pimentées de mille détails : ce roman qui ferait un film formidable permet de transcender la douleur de la perte de nos proches par les rituels, la solidarité, l’amour et le goût du bonheur.