La journaliste et romancière narre l’itinéraire d’une petite Bretonne qui va tenir salon à Paris, au XVII ème siècle. Irène Frain s’est délectée de cette virevoltante saga.

Dans la vie des livres, il n’y a pas que les trilogies égyptiennes, on y trouve aussi des triptyques bretons! C’est en tout cas le pari que tente Emmanuelle de Boysson avec son « Salon d’Emilie », premier volume d’une saga consacrée aux aventures d ‘une flamboyante amazone du XVII’ siècle, partie à l’assaut de l’univers parisien des précieuses, depuis les landes du Finistère, ses grands vents salés et ses rudes paysans.

La voix d’Emmanuelle, je l’ai remarqué il y a longtemps, frémit toujours quand elle profère le nom de Locronan. Il y a de quoi: son arbre généalogique la relie à la célèbre famille Daniélou, originaire du même haut lieu armoricain. Chez cette fondatrice du très parisien, et chiquissime prix de la Closerie des lilas, je n’avais pourtant pas soupçonné un tel intérêt pour la culture bretonne. Mais ce qui sidère encore plus dans ce roman historique mené tambour battant, c’est sa science de la vie littéraire des années 1640. De Mme de La Fayette à Ninon de Lenclos, des intrigues de Corneille aux méandres de la carte du Tendre, la romancière sait absolument tout. Au fil des pages, on finit par saisir pourquoi.

Familière des cercles qui, en 2011, au coeur de Saint-Germain-des-Prés, font la pluie et le beau temps dans la République des Lettres, elle observe sans relâche la tribu écrivaine, écrivaillons et écrivassiers compris. D’un oeil tendre mais précis, et parfois acéré, en fidèle adepte de la maxime chère à Gide : « Quand le diable veut damner un homme, il le fait auteur ». Puis elle en chronique les petites et grandes heures dans la presse et sur le Web. Avec son héroïne, il est donc probable qu’elle se soit inventé un double littéraire. Peut être sous l’effet d’une grande bouffée de nostalgie car, du temps d’Emilie Le Guilvinec, on troussait les poèmes avec le même joyeux appétit que les jupons ; mais une seule faute de grammaire et on vous provoquait en duel …Magnifiques passions littéraires, hélas défuntes depuis des lustres!

Le roman d’Emilie/Emmanuelle se lit donc . comme une visite privilégiée sous les lambris de Rambouillet, Compiègne ou Villarceaux, demeures de prestige toujours hantées par les fantômes de leurs extravagantes dames de lettres, aux destinées aussi foldingues que leurs romans … Et en plus, quelle délicieuse invite à réinventer nos dîners en ville et nos modernes salons!

Irène Frain