Je suis une enfant des années 1990, de la génération Y comme on voit dans tous les magazines, et pourtant quelque chose fait que comme beaucoup avant moi, j’aurais aimé vivre à une autre époque, juste pour voir. Je suis loin d’être partisane de cette connerie du vieux blasé qu’est la devise du « c’était mieux avant », mais je dois reconnaître que certaines périodes de l’histoire et surtout du XXème siècle me font un peu fantasmer par certains aspects.

Emmanuelle de Boysson nous ramène ici au cœur des années 1970, avec le décor qui va avec : les téléphones orange, Salut les Copains et les jupes qui se raccourcissent. Mai 68 est passé par là et on sent comme une envie de liberté dans l’air, même si cela implique de nombreux conflits de génération.

Son héroïne, Juliette, est une adolescente peu sûre d’elle, qui vit dans l’ombre de sa cousine Camille qui n’a pas froid aux yeux. Sa mère ne prête pas trop attention à ses fréquentations, et Camille s’amuse. Juliette aimerait tout simplement en faire autant, mais dans une famille avec une mère catholique et qui se veut respectable jusqu’au bout des ongles, ce n’est pas vraiment la même chanson. Et pourtant, Juliette va enchaîner les frasques, par curiosité ou par rébellion, rappelant un peu les Malheurs de Sophie par moments. Juliette est amoureuse, elle aime écrire, elle écume les routes d’Alsace sur son solex orange et elle rêve d’être adulte, d’avoir le choix.

C’est un véritable roman initiatique que nous propose l’auteur ; à travers ces quelques pages, Juliette s’affirme, elle grandit, elle mûrit, et va de découverte en découverte (bonnes comme mauvaises d’ailleurs). Les garçons, son avenir, son image, tout tourne autour d’elle et son petit monde d’adolescente semble bien compliqué. Lire ce roman, c’est retrouver ce petit côté nostalgique qu’on a en regardant La Boum : on se moque de Sophie Marceau mais en même temps, on la comprend. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

« Il faut que je trouve la force de donner un sens à mon existence. Dégoûtés par la guerre du Vietnam et l’injustice, deux lycéens se sont immolés par le feu à Lille. Serais-je capable d’aller jusque-là ? Un jour, nous bâtirons un monde nouveau. Y aurai-je ma place, moi qui ai tendance à me dérober devant l’obstacle ? »

Emmanuelle de Boysson signe ici un roman comme une peinture très réussie des années 1970. On sent ici toute la dimension ambivalente de cette époque, entre libération des mœurs, nouveaux codes, et respect des traditions. Tout se mélange, il y a comme un esprit révolutionnaire dans l’air et les jeunes veulent du renouveau. J’ai adoré cette immersion courte mais intense dans une époque que je n’ai pas connue, et dont je ne vois que les traces aujourd’hui avec les vinyles de Chantal Goya ou le seau à glaçons en forme de pomme verte chez mes grands-parents.

« Adossé au juke-box, il siffla Lady Lay. Les vieilles dames s’étaient volatilisées. Dehors, la neige enveloppait de capes blanches les riches et les pauvres, les jeunes et les vieux, recouvrant nos pas et les mots tendres de Patrice. Bye bye baby. »

Ce roman bien écrit se lit d’une traite, tant son héroïne est attachante et l’immersion immédiate. Le lecteur est directement embarqué à Mulhouse dans les années 1970, avec le kougloff ou le bäckoff qu’on sert le dimanche.

C’était une très belle lecture, parfaite pour un week-end hivernal. Je conseille sans hésiter ce roman à tous les nostalgiques (ou pas) de l’adolescence, aux enfants et aux plus grands des années 1970… et à tous les autres, juste parce que la découverte en vaut la peine.