Emmanuelle de Boysson, Les Années solex : Mademoiselle Âge tendre

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Elle s’appelle Juliette et peu après la tornade de 68, tombe amoureuse de Patrice Lanterne à Mulhouse chez ses grands-parents. Juliette a 14 ans : comme les garçons et les filles de son âge, elle aime Salut les Copains, Jane Birkin, Dutronc et rêve de liberté, de Londres et de Carnaby Street, en compagnie de Camille, sa cousine beaucoup plus expérimentée, une cigarette chipée en douce à ses parents.

 

Rentrés du Maroc, ceux-ci appartiennent à la bonne bourgeoisie et voient d’un assez mauvais œil leur fille grandir et s’émanciper. Les adultes, quelle plaie ! crie l’adolescente dans son journal intime qui refuse en bloc jupe écossaise, robe à smocks, foulards de Bonne Maman comme chignon et peurs de maman. Heureusement il y a Papa, patron social d’une usine de pantalons, qui la comprend et avec qui se nouent de longues conversations… puissance d’Œdipe.

 

Emmanuelle de Boysson excelle à raconter la vie sage d’une jeune fille de bonne famille après la tempête d’un joli mois de mai. Élève douée et cultivée aux saines lectures (de Zola à Vallès en passant par Radiguet), celle-ci envoie balader rallyes chics et premiers bals pour les boums, les copains et surtout Patrice, si beau, si énigmatique, mais beaucoup plus révolté qu’elle par la société qui les attend.

 

Les intermittences du cœur mais aussi le goût de l’innocence dans un été suspendu, entre enfance et âge adulte. On croit sentir le parfum des Coco Bauer sur la langue, on entend une chanson de Genesis ou de Lennon et on savoure cette chronique douce-amère d’un premier amour dont on ne se remet jamais complètement. Une réussite.

 

Ariane Bois